Résultats visuels après implants multifocaux de cataracte
Peut-on vraiment se passer de lunettes avec des implants multifocaux ?
La question « peut-on se passer de lunettes après une chirurgie de la cataracte ? » appelle une réponse encourageante, mais nuancée. Par rapport aux implants monofocaux, les implants multifocaux améliorent généralement la vision de près non corrigée et augmentent la probabilité d’autonomie lunettes cataracte, tout en conservant une bonne vision de loin chez les patients bien sélectionnés [1,2].
Les modèles trifocaux ajoutent un objectif important : améliorer aussi la vision intermédiaire, utile pour l’ordinateur, le tableau de bord ou les gestes de cuisine.
L’expression « implant multifocal vision de près » est donc trop restrictive. L’objectif est de couvrir plusieurs distances : proche, intermédiaire et lointain. Certaines méta-analyses rapportent des taux élevés d’indépendance aux lunettes avec des implants trifocaux bilatéraux, mais ces résultats ne doivent pas être interprétés comme une garantie individuelle [3]. Des lunettes d’appoint peuvent rester utiles pour lire de très petits caractères, travailler longtemps de près, bricoler avec précision ou voir dans une ambiance faiblement éclairée.
Les résultats implants multifocaux dépendent aussi de la précision du calcul de l’implant, de l’astigmatisme résiduel, de la sécheresse oculaire et de l’état de la cornée, de la macula et du nerf optique. Une chirurgie cataracte sans lunettes est donc un objectif réaliste pour certains patients, mais jamais une promesse automatique [4].
Comment évolue la vision après une chirurgie de la cataracte multifocale ?
Dans les premiers jours, la vision peut paraître très lumineuse, légèrement voilée ou fluctuante. L’inflammation postopératoire, la dilatation de la pupille, la cicatrisation de l’incision et une sécheresse transitoire peuvent retarder la netteté. Les résultats visuels après cataracte doivent donc être évalués progressivement, et pas seulement au lendemain de l’intervention.
La vision après pose d’implants multifocaux comporte aussi une phase d’adaptation. Comme l’implant crée plusieurs foyers, le cerveau doit apprendre à privilégier l’image utile selon la distance regardée et à moins tenir compte des images parasites. Des travaux d’imagerie fonctionnelle ont montré que cette neuroadaptation mobilise des réseaux visuels et attentionnels, avec une évolution au fil du temps [5,6]. Le confort obtenu après le premier œil ne reflète donc pas toujours le résultat final, surtout lorsqu’une chirurgie du second œil est prévue.
Halos, éblouissements : faut-il s’inquiéter ?
Les halos autour des phares, les éblouissements et les rayons lumineux en étoile sont appelés dysphotopsies. Ils sont plus fréquents avec les implants multifocaux qu’avec les implants monofocaux, car la lumière est distribuée entre plusieurs foyers [1,2,7]. Ces phénomènes se remarquent surtout la nuit, en conduite nocturne ou lorsque le contraste est faible.
Ils sont souvent plus présents au début, puis deviennent moins gênants avec la cicatrisation et l’adaptation cérébrale. Ils ne disparaissent toutefois pas toujours complètement. Un patient qui conduit beaucoup la nuit, travaille en ambiance sombre ou recherche une qualité de contraste maximale doit en discuter avant l’opération. Le choix de l’implant doit alors intégrer le mode de vie autant que la mesure de l’acuité visuelle.
Lorsque la gêne persiste, l’ophtalmologiste recherche une cause accessible à un traitement : sécheresse oculaire, défaut réfractif résiduel, astigmatisme, opacification de la capsule postérieure ou mauvais centrage de l’implant. Des études sur l’insatisfaction après implants multifocaux montrent que la cause est souvent identifiable et qu’une prise en charge adaptée peut améliorer la situation [8,9].
Les implants multifocaux sont-ils adaptés à tous les patients ?
Non. La réussite repose autant sur la sélection du patient que sur la qualité de la chirurgie. Le bilan préopératoire étudie la cornée, le film lacrymal, l’astigmatisme, la pupille, la macula, le nerf optique et les attentes visuelles. Une sécheresse importante doit être traitée avant les mesures, car elle peut perturber le calcul de l’implant et altérer le confort postopératoire.
Une maladie rétinienne, un glaucome évolué, une cornée irrégulière ou des attentes incompatibles avec les limites optiques des implants intraoculaires multifocaux peuvent conduire à préférer un implant monofocal, un implant à profondeur de champ étendue ou une monovision. Le véritable succès ne consiste donc pas seulement à lire sans lunettes. Il consiste à choisir une solution cohérente avec la santé des yeux, les activités quotidiennes et les priorités du patient.
Références scientifiques PubMed
[1] de Silva SR, Evans JR, Kirthi V, Ziaei M, Leyland M. Multifocal versus monofocal intraocular lenses after cataract extraction. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2016. PMID: 27943250. Source utilisée pour la comparaison multifocal/monofocal : vision de près, dépendance aux lunettes, halos et éblouissements.
[2] Khandelwal SS, Jun JJ, Mak S, Booth MS, Shekelle PG. Effectiveness of multifocal and monofocal intraocular lenses for cataract surgery and lens replacement: a systematic review and meta-analysis. Graefe’s Archive for Clinical and Experimental Ophthalmology. 2019;257(5):863-875. PMID: 30627791. Source utilisée pour l’efficacité visuelle, l’indépendance aux lunettes et les phénomènes visuels indésirables.
[3] Zhu D, Ren S, Mills K, Hull J, Dhariwal M. Rate of Complete Spectacle Independence with a Trifocal Intraocular Lens: A Systematic Literature Review and Meta-Analysis. Ophthalmology and Therapy. 2023;12:1157-1171. PMID: 36745314. Source utilisée pour les taux d’indépendance aux lunettes avec certains implants trifocaux bilatéraux.
[4] de Vries NE, Nuijts RMMA. Multifocal intraocular lenses in cataract surgery: literature review of benefits and side effects. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2013;39(2):268-278. PMID: 23332253. Source utilisée pour les bénéfices, les limites et l’importance de la sélection des patients.
[5] Rosa AM, Miranda ÂC, Patrício MM, McAlinden C, Silva FL, Castelo-Branco M, Murta JN. Functional magnetic resonance imaging to assess neuroadaptation to multifocal intraocular lenses. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2017;43(10):1287-1296. PMID: 29120714. Source utilisée pour la neuroadaptation après implantation multifocale.
[6] Zhang L, Lin D, Wang Y, et al. Comparison of Visual Neuroadaptations After Multifocal and Monofocal Intraocular Lens Implantation. Frontiers in Neuroscience. 2021. PMID: 34194292. Source utilisée pour l’évolution des troubles visuels et de l’adaptation cérébrale après implants multifocaux.
[7] Buckhurst PJ, Naroo SA, Davies LN, Shah S, Drew T, Wolffsohn JS. Assessment of dysphotopsia in pseudophakic subjects with multifocal intraocular lenses. BMJ Open Ophthalmology. 2017;1:e000064. PMID: 29354708. Source utilisée pour les dysphotopsies, halos et phénomènes lumineux après implants multifocaux.
[8] Woodward MA, Randleman JB, Stulting RD. Dissatisfaction after multifocal intraocular lens implantation.Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2009;35(6):992-997. PMID: 19465282. Source utilisée pour les causes de gêne après implants multifocaux et leur prise en charge.
[9] de Vries NE, Webers CAB, Touwslager WRH, et al. Dissatisfaction after implantation of multifocal intraocular lenses. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2011;37(5):859-865. PMID: 21397457. Source utilisée pour les causes d’insatisfaction, notamment défaut réfractif résiduel, opacification capsulaire et intolérance optique.
Chirurgien ophtalmologue à Paris
Dr Stacy Charpentier
Diplômée de la Faculté de Médecine de Paris et ancienne interne des hôpitaux de Paris, le Dr Stacy Charpentier met son expertise au service de la chirurgie de haute précision. Formée aux dernières technologies à Paris et Londres, elle allie excellence académique, innovation et approche humaine.
- Spécialiste en chirurgie réfractive (LASIK, SMILE), cataracte et rétine
- Ancienne cheffe de clinique des Hôpitaux des armées et formatrice
- Membre engagée du conseil d’administration de l’ONG Terres d’Ophtalmo
- N° RPPS : 10102054789