Chirurgie cataracte 6 minutes de lecture

Implants multifocaux pour la cataracte : quels patients peuvent en bénéficier ?

Auteur : Dr CHARPENTIER Stacy

La chirurgie de la cataracte remplace le cristallin opacifié par un implant. Les implants multifocaux, notamment trifocaux, améliorent la vision à plusieurs distances et réduisent la dépendance aux lunettes, mais peuvent entraîner davantage de halos ou d’éblouissements, surtout la nuit.
Implants multifocaux cataracte | Dr Charpentier

En résumé

Les implants multifocaux permettent de traiter la cataracte tout en corrigeant la presbytie pour offrir une vision nette de près, de loin et à distance intermédiaire. Leur succès repose sur une sélection rigoureuse lors du bilan préopératoire pour s’assurer de l’absence de pathologies oculaires associées.

Mon Avis

Ces implants constituent une excellente option pour retrouver une liberté visuelle au quotidien, à condition de respecter scrupuleusement les critères d’éligibilité et le temps d’adaptation neuro-visuelle.

Qui peut bénéficier d’un implant multifocal ?

Il n’existe pas d’âge universel pour bénéficier d’un implant multifocal. L’éligibilité dépend surtout de la santé de l’œil, des besoins visuels et des attentes du patient. Le profil favorable associe généralement :

  • une cataracte opérable et le souhait marqué de moins porter de lunettes
  • une macula, un nerf optique et une cornée en bon état
  • une surface oculaire saine ou correctement traitée
  • un astigmatisme régulier, précisément mesuré et corrigible
  • des attentes réalistes concernant la vision nocturne et le temps d’adaptation

Une personne qui lit, travaille sur écran et pratique des activités variées peut apprécier une vision étendue. Un patient conduisant fréquemment la nuit doit, en revanche, discuter précisément des compromis possibles avec son chirurgien. La sélection de l’implant doit ainsi tenir compte à la fois des caractéristiques oculaires et des priorités quotidiennes [4].

Dans quelles situations faut-il être prudent ?

Une DMLA ou une autre atteinte maculaire significative, un glaucome avancé ou évolutif, une maladie du nerf optique, une cornée irrégulière ou une sécheresse oculaire sévère peuvent limiter les performances d’un implant multifocal.

Il ne s’agit pas toujours d’interdictions absolues : la décision dépend du stade de la maladie et du potentiel visuel. Dans un glaucome débutant et bien contrôlé, certaines options peuvent être discutées au cas par cas, tandis que les données restent insuffisantes pour les formes avancées [5].

Un antécédent de chirurgie réfractive complique les calculs sans rendre systématiquement l’implant multifocal impossible. Une sécheresse oculaire doit être traitée avant les mesures, car elle peut perturber la kératométrie et augmenter le risque d’erreur réfractive [6].

Quel bilan permet de confirmer l’éligibilité ?

Le bilan préopératoire comprend la réfraction, la biométrie pour calculer la puissance de l’implant, l’étude de l’astigmatisme, l’examen de la cornée et de la surface oculaire, ainsi qu’un fond d’œil.

Une OCT maculaire est particulièrement utile avant la pose d’un implant multifocal : elle peut révéler une anomalie rétinienne discrète susceptible d’altérer le résultat visuel [7].

Selon le contexte, le chirurgien analyse aussi la pupille, la topographie cornéenne, la qualité optique ou le champ visuel. Ce bilan sert autant à choisir l’implant qu’à expliquer ce qu’il pourra — ou non — apporter.

Implants monofocaux, EDOF et multifocaux : quelles différences ?

Critère Implant monofocal Implant EDOF Implant multifocal ou trifocal
Vision privilégiée Une distance principale Loin et intermédiaire Loin, intermédiaire et près
Port de lunettes Nécessaire de près Pour la vision de près Parfois nécessaire pour les petits caractères
Halos nocturnes Généralement limités Possibles Plus fréquents chez certains patients
Profil habituel Priorité à la qualité optique Écrans et vision intermédiaire Recherche d’une autonomie maximale
Vision privilégiée
Implant monofocal
Une distance principale
Implant EDOF
Loin et intermédiaire
Implant multifocal ou trifocal
Loin, intermédiaire et près
Port de lunettes
Implant monofocal
Nécessaire de près
Implant EDOF
Pour la vision de près
Implant multifocal ou trifocal
Parfois nécessaire pour les petits caractères
Halos nocturnes
Implant monofocal
Généralement limités
Implant EDOF
Possibles
Implant multifocal ou trifocal
Plus fréquents chez certains patients
Profil habituel
Implant monofocal
Priorité à la qualité optique
Implant EDOF
Écrans et vision intermédiaire
Implant multifocal ou trifocal
Recherche d’une autonomie maximale

Quels résultats et effets secondaires attendre ?

La vision s’améliore souvent rapidement, mais une adaptation cérébrale est nécessaire pour exploiter les différents foyers. Les halos, l’éblouissement et la baisse des contrastes en faible lumière peuvent s’atténuer au cours de l’adaptation, sans toujours disparaître complètement.

En cas d’insatisfaction, une correction résiduelle, une sécheresse oculaire, une anomalie de la capsule ou un problème de centrage doivent être recherchés [8].

L’objectif n’est donc pas de promettre une vision parfaite sans lunettes, mais de choisir l’implant le plus cohérent avec l’œil et les priorités du patient. À Paris, le Dr Charpentier réalise un bilan personnalisé afin de déterminer si un implant multifocal est pertinent ou si une solution monofocale, torique ou EDOF serait préférable.

Références scientifiques indexées dans PubMed

  1. de Silva SR, Evans JR, Kirthi V, Ziaei M, Leyland M. Multifocal versus monofocal intraocular lenses after cataract extraction. Cochrane Database Syst Rev. 2016;12:CD003169. PMID : 27943250.
  2. Schallhorn JM, Pantanelli SM, Lin CC, et al. Multifocal and Accommodating Intraocular Lenses for the Treatment of Presbyopia: A Report by the American Academy of Ophthalmology. Ophthalmology. 2021;128(10):1469-1482. PMID : 33741376.  
  3. Cho JY, Won YK, Park J, et al. Visual Outcomes and Optical Quality of Accommodative, Multifocal, Extended Depth-of-Focus, and Monofocal Intraocular Lenses in Presbyopia-Correcting Cataract Surgery. JAMA Ophthalmol. 2022;140(11):1045-1053. PMID : 36136323.  
  4. Yeu E, Cuozzo S. Matching the Patient to the Intraocular Lens: Preoperative Considerations to Optimize Surgical Outcomes. Ophthalmology. 2021;128(11):e132-e141. PMID : 32882308.  
  5. Hong ASY, Ang BCH, Dorairaj E, Dorairaj S. Premium Intraocular Lenses in Glaucoma—A Systematic Review.Bioengineering. 2023;10(9):993. PMID : 37760095.  
  6. Biela K, Winiarczyk M, Borowicz D, Mackiewicz J. Dry Eye Disease as a Cause of Refractive Errors After Cataract Surgery—A Systematic Review. Clin Ophthalmol. 2023;17:1629-1638. PMID : 37304333.
  7. Hinnig RB, Martins LFS, Penha FM. Spectral domain OCT for screening of macular diseases prior to multifocal intraocular lens implantation. Int J Retina Vitreous. 2022;8:77. PMID : 36273199.  
  8. Alió JL, Plaza-Puche AB, Fernández-Buenaga R, Pikkel J, Maldonado M. Multifocal intraocular lenses: An overview. Surv Ophthalmol. 2017;62(5):611-634. PMID : 28366683.

FAQ sur les implants multifocaux

Peut-on corriger l’astigmatisme avec un implant multifocal ?

Oui. Un implant multifocal torique peut être envisagé lorsque l’astigmatisme est régulier et mesuré de façon reproductible.

Un glaucome ou une DMLA interdit-il toujours l’implant multifocal ?

Non. Tout dépend du stade, de la stabilité de la maladie et du potentiel visuel. Les formes avancées conduisent toutefois souvent à privilégier une autre stratégie.

Les halos disparaissent-ils après l’opération ?

Ils diminuent fréquemment au cours de l’adaptation, mais peuvent persister. Les habitudes de conduite nocturne doivent donc être abordées avant l’intervention.

Vais-je abandonner définitivement mes lunettes ?

La dépendance aux lunettes est souvent réduite, mais une correction peut rester utile pour les très petits caractères, la faible luminosité ou certaines tâches précises.

Quelle est la différence entre un implant monofocal et un implant multifocal ?

L’implant monofocal est l’option classique qui privilégie une seule distance de vision, généralement de loin, nécessitant le port de lunettes pour la lecture. À l’inverse, l’implant multifocal répartit la lumière pour offrir une vision claire à la fois de près, à mi-distance et de loin. Lors de votre consultation, je vous aide à choisir le dispositif le mieux adapté à vos habitudes.

Peut-on poser des implants multifocaux si l’on a un glaucome ou une DMLA ?

Non, la présence de pathologies associées comme une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), un glaucome avancé ou une atteinte cornéenne constitue une contre-indication. Ces affections diminuent la sensibilité aux contrastes, ce qui ne permet pas d’obtenir les performances visuelles optimales exigées par la technologie multifocale. Dans ce cas, je vous oriente vers des solutions d’implants plus appropriées.

Est-ce que la sécheresse oculaire empêche d’avoir des implants multifocaux ?

Une sécheresse oculaire sévère nuit directement à la qualité de l’image projetée sur la rétine par un implant multifocal. Il est essentiel d’évaluer la qualité de votre film lacrymal lors des examens préalables. Si votre surface oculaire présente un déficit modéré, je prescris un traitement préalable pour la stabiliser avant d’envisager l’intervention.

Est-ce possible de conduire la nuit avec des implants multifocaux ?

Oui, la conduite nocturne reste tout à fait possible après la période d’adaptation. Il est toutefois fréquent de percevoir au début des halos lumineux ou des éblouissements autour des phares et des lampadaires. Ces manifestations diminuent progressivement au fil des semaines grâce à la neuro-adaptation de votre cerveau.

Combien de temps faut-il pour s’habituer à des implants multifocaux ?

La durée d’adaptation varie selon chaque patient, s’étalant généralement de quelques jours à plusieurs semaines. Votre cerveau doit apprendre à traiter simultanément les différentes informations visuelles qu’il reçoit pour chaque distance. Je constate une stabilisation complète du confort visuel au bout d’un mois environ.

Est-ce que les implants multifocaux permettent de se passer totalement de lunettes ?

Dans la grande majorité des cas, ils apportent une autonomie quasi totale vis-à-vis des lunettes pour toutes les activités courantes comme lire, travailler sur écran ou conduire. Cependant, une très faible correction d’appoint peut parfois rester utile pour de très petits caractères ou en cas de faible éclairage. Mon objectif est de réduire au maximum votre dépendance aux corrections optiques.

À quel âge peut-on bénéficier d’une implantation multifocale pour la cataracte ?

Il n’y a pas d’âge limite strict, mais cette solution s’adresse principalement aux patients actifs, souvent âgés entre 50 et 75 ans, souhaitant conserver une excellente autonomie visuelle. L’élément déterminant reste la santé globale de vos yeux et votre mode de vie plutôt que votre âge civil. Je valide cette indication de manière personnalisée lors du bilan préopératoire.

Quels sont les effets secondaires les plus fréquents après la pose d’implants multifocaux ?

Les effets secondaires légers les plus souvent rapportés sont la perception de halos nocturnes et une discrète baisse de la sensibilité aux contrastes en pénombre. Une légère fluctuation de la vision peut également survenir pendant les premiers jours. Ces phénomènes s’atténuent naturellement au cours du processus de cicatrisation et d’adaptation visuelle.

Comment se déroule le suivi après la pose d’un implant multifocal ?

Le suivi repose sur des consultations de contrôle régulières à mon cabinet afin de vérifier la bonne position de l’implant, la cicatrisation et la pression oculaire. Ces rendez-vous me permettent de mesurer l’évolution de votre acuité visuelle à toutes les distances et de vous accompagner durant la phase de neuro-adaptation. Un suivi rigoureux est la clé d’un résultat optimal.

Est-il nécessaire d’opérer les deux yeux pour profiter de la multifocalité ?

Oui, l’implantation bilatérale est vivement recommandée pour tirer le meilleur parti de la technologie multifocale. Opérer les deux yeux permet au cerveau de fusionner correctement les images et de restituer une vision en relief confortable de près comme de loin. Je programme généralement l’intervention du second œil à court intervalle de la première.